Christine JEAN

 

La Loire, un fleuve très nature


24 septembre. Il est temps de boucler ce tour du monde qui se termine dans ma ville natale, Nantes, où – coïncidence ? –  je rencontre Christine Jean, la seule femme à avoir reçu le prix Goldman en France. Elle va me montrer sous un jour nouveau cette région que je croyais bien connaître.


Comme Olya en Ukraine, Christine est tombée amoureuse d’un fleuve : la Loire, souvent qualifiée de « dernier fleuve sauvage d’Europe », redoutée pour ses crues malgré des travaux d’aménagements qui remontent à l’Antiquité. Un fleuve qui a conservé des paysages naturels d’une fabuleuse variété : gorges, plaines alluviales, îles, roselières ou marais qui sont autant de refuges pour les oiseaux migrateurs, et même des bancs de sables chauffés par le soleil où fleurissent des plantes tropicales. Pendant des siècles, la Loire a été un modèle d’harmonie entre l’Homme et la Nature. Ardoise et tuffeau, ses châteaux empruntent leur robe aux matériaux de son cours, sublimant sans les violer les sites naturels. Et comme pour se fondre encore plus dans le paysage, les ligériens ont construit dans le calcaire, depuis des millénaires, d’étranges habitations troglodytes qui font l’admiration des touristes.


Mais au début des années 1980, l’heure n’est pas au respect de la nature, mais aux grands plans d’aménagements. Un établissement public est créé pour rassembler les collectivités locales du bassin et domestiquer la Loire. Au programme : quatre barrages destinés à limiter les crues, favoriser l’irrigation et éviter les sécheresses. Mais aussi à alimenter en eau quatre centrales nucléaires, diluer la pollution et permettre d’aménager des zones précédemment inondables. Sans oublier le projet d’extension des ports de Nantes et de Saint-Nazaire qui bouleversera l’estuaire, signant la mort de vastes marais à l’incroyable biodiversité.


Vivre avec le fleuve et non contre lui


La Loire trouve un de ses premiers défenseurs en la personne de Jean-Claude Demaure. Cet universitaire nantais commence à organiser la résistance et co-fonde le Comité Loire Vivante, qui tente de rassembler de nombreuses associations à travers tout le bassin. Grâce au soutien financier du wwf Christine Jean, ancienne étudiante de Demaure, est embauchée comme coordinatrice par le Comité. Elle se passionne pour cette cause : « Je n’aurais jamais pu dépenser tant d’énergie pour quelque chose de moins important à mes yeux ».


Très vite il faut des arguments : Christine et ses amis de Loire Vivante mobilisent leurs connaissances scientifiques et exigent la concertation. De réunion en réunion, il apparaît que les barrages diminueraient la qualité des eaux, menaceraient la biodiversité, détruiraient des sites et des hameaux… sans offrir de réelles protections contre les crues. Les études réalisées permettent de proposer des alternatives moins pénalisantes pour l’environnement. Petit à petit, un consensus émerge autour de la nécessité de gérer les risques plutôt que de chercher à les supprimer. Mieux vaut laisser le fleuve s’exprimer plutôt que de l’enfermer dans un corset de béton, au risque de subir ses colères avec encore plus de violence. Quant aux bateaux, ils devront s’adapter au fleuve et non l’inverse. Un retour à l’harmonie des anciens ?


Christine et Loire Vivante arrachent ainsi  une première victoire. En 1991, le gouvernement retire le projet de Serre de la Fare, en amont du Puy-en-Velay. Un succès facilité par la forte opposition locale et le bon score des écologistes aux élections municipales de 1989. Pourtant, le combat continue : un seul des quatre barrages, le plus petit, sera en fait construit. Dernière étape, en 2009, Loire Vivante obtient enfin, après vingt ans de lutte acharnée, l’arrêt du projet d’extension portuaire dans l’estuaire.


Élargir le combat


Ces victoires ont été arrachées dans un esprit militant, au terme d’innombrables manifestations souvent spectaculaires. Aujourd’hui, Christine a pris du recul. Elle souhaite voir émerger une démocratie plus participative, où des associations comme Loire Vivante participent au prises de décision. Car la soif d’aménagements n’a pas disparu : « Le rythme actuel de l’urbanisation et de l’artificialisation en France – 60 à 80 000 ha/an soit l’équivalent d’un département tous les dix ans – nous conduit dans une impasse », explique-t-elle. Autant de paysages gâchés, de terres arables stérilisées. Des terres dont l’humanité a tant besoin pour produire des aliments ou du bois, pour préserver la biodiversité, stocker du carbone… Le combat pour une Terre vivante n’est pas prêt de prendre fin.

Texte ©  A. Gouyon & S. Viaud

Pays : France


Prix Goldman : 1992


Profession : Biologiste, chargée de mission pour le WWF de 1987 à 2000.


Signe particulier : Sa devise : « mes idées sont faites pour être récupérées. »

« La nature sert encore trop souvent de variable d’ajustement, du fait de l’incompétence et du manque d’imagination ou de courage politique des décideurs. »

Un problème :

  1. -une politique de grands plans d’aménagements (notamment la construction de barrages) entraînerait progressivement la mort du fleuve.


Solutions :

  1. -Fédérer toutes les associations autour du fleuve et organiser de nombreuses manifestations populaires.

  2. -Apporter des arguments scientifiques solides lors des concertations pour proposer des alternatives.

Pour le dernier fleuve sauvage d’Europe

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Contact :


SOS Loire Vivante

www.sosloirevivante.org