Jorge VARELA

 

Un moment de colère


3 mars. Nous voici en route vers le golfe de Fonseca, dans le sud du Honduras, en compagnie de Jorge Varela qui s’en est fait le défenseur face à l’industrie de la crevette. A peine arrivés, nous voici face à un de ces élevages, qui n’est plus exploité et donc asséché. Le ressenti est presque physique face à la vision de cette terre crevassée, moribonde au milieu des vertes mangroves.


Première discussion avec Jorge. J’ai l’impression d’entendre toujours la même histoire. Une histoire de répartition inégale des richesses. L’histoire de la cupidité de quelques-uns, qui s’approprient les ressources d’une région pour les transformer en dollars, au mépris des communautés locales, et sans vision à long terme. Des entreprises étrangères, américaines et espagnoles notamment, qui s’allient avec un gouvernement corrompu pour piller des richesses qui pourraient bénéficier à tous. J’aimerais avoir plus de temps pour nuancer, réfléchir de manière positive… Mais face aux forêts et aux vies détruites, comment ne pas se laisser submerger un moment par l’écœurement, la colère ?


Comme toujours la réponse est dans la mobilisation collective. Lever à l’aube pour assister à une réunion d’une communauté de pêcheurs, qui discutent d’un projet de canal au sein d’un espace naturel protégé. C’est un moment de démocratie participative, de manœuvres politiques… où Jorge excelle dans l’art de remettre les pendules à l’heure. Retour à San Lorenzo, la base de Jorge, où nous assistons au coucher de soleil dans le bruit assourdissant des oiseaux.


La mangrove, un miracle fragile


Le jour suivant, nous sortons en bateau afin de comprendre ce qu’est la mangrove et les relations qui y unissent la faune, la flore et l’Homme. Jorge se fait pédagogue. La mangrove est un écosystème forestier qui s’enracine sur les côtes tropicales, et dont la composition varie selon la salinité de l’eau. De multiples espèces y vivent en symbiose. Grâce à sa complexité, la mangrove rend d’inestimables services : elle protège les côtes des tempêtes, des tsunamis et des incursions d’eau marine, sert de refuge aux oiseaux migrateurs, et de havre pour la reproduction des trois quarts des poissons de pêche.


Pourtant, la mangrove disparait à toute allure : en Thaïlande, en Indonésie, en Inde, au Bangladesh, en Équateur… et ici, au Honduras. En cause ? L’industrie la moins durable qui soit, l’élevage industriel de crevettes. Car pour créer un élevage, il faut détruire la forêt. Encore et sans cesse. Elevées en forte densité, les crevettes finissent par empoisonner l’eau dans laquelle elles vivent et mourir d’épidémies, de sorte que les rendements chutent en quelques années. Il ne reste plus qu’à abandonner un espace dévasté, et recommencer ailleurs. C’est à cette absurdité que Jorge a dit stop. La déforestation du Golfe de Fonseca ruine les communautés locales qui ne peuvent plus accéder à leurs zones de pêches traditionnelles. En 1988, Jorge a réussi à mobiliser plus de dix mille personnes pour créer le Comité pour la défense et le développement de la flore et de la faune du Golfe de Fonseca (coddeffagolf).


Victimes et victoires


Avec succès, Jorge a fait pression sur le gouvernement pour établir des zones refuges pour les poissons, les crustacés et les oiseaux, et des zones de pêche pour les communautés locales. Et en 1996, il a obtenu un moratoire officiel sur la construction de fermes de crevette, forçant l’industrie à chercher des méthode d’élevage plus durables. Une  victoire qui, une fois de plus, n’est pas venue sans victimes : douze pêcheurs ont été tués alors qu’ils tentaient d’accéder à leurs zones de pêche, et Jorge a vu sa vie menacée à plusieurs reprises. Aujourd’hui, le Comité restaure les zones détruites en faisant revenir l’eau et avec elle les larves d’animaux marins et les graines de mangroves, et parfois en replantant lorsque c’est nécessaire.


Comme le Padre Tamayo, Jorge étend son combat sur la scène internationale. Il a cofondé l’Industrial Shrimp Action Network, un réseau de soutien aux communautés qui résistent à l’élevage industriel de crevettes. Dès novembre 1998, il est allé au Canada parler du coût réel de la consommation de crevettes industrielles. Alerter, mobiliser… À la fin de mon séjour, ce sera mon tour devant les élèves du lycée franco-hondurien. L’intérêt est évident et les questions pertinentes. Plus que jamais, je suis convaincu de l’urgence de motiver les plus jeunes.


Texte ©  A. Gouyon & S. Viaud

Pays : Honduras


Prix Goldman : 1999


Profession : Biologiste, fondateur et Président

de l’association CODDEFFAGOLF


Signe particulier : Universitaire qui consacrait ses travaux à l’élevage de crevettes, il a démissionné pour combattre cette industrie

« En détruisant la nature aujourd’hui, nous détruisons nos espoirs d’une meilleure qualité de vie demain, et même nos chances de survie. »

Pour faire revivre la mangrove

PortfolioPorfolioJorgeVarela.html

Contact :


Comité pour la défense et le développement de la flore et de la faune du Golfe de Fonseca

CODDEFFAGOLF

www.coddeffagolf.org

Un problème :

- Industrie de l’élevage de la crevette et ses impacts destructeurs


Solutions :

  1. -Mobilisation collective des communautés de pêcheurs

  2. -Etablir des zones refuges, protégées

  3. -Récupérer des terres détruites et les restaurer

  4. -Etendre le combat sur la scène internationale

Deux articles récents de Jorge Varela :               Consumérisme.pdf                              Crevettes pérennes.pdf